Jean Escharavil

En 1973 alors  que je travaillais à Voiron, la société ESCHARAVIL qui allait être  plus tard connue sous le nom de  PRECIA avait conclu un accord de commercialisation avec notre société.  L’accord consistait à intégrer l’indicateur électro-optique (INO 3000) d’ESCHARAVIL dans la gamme de Voiron. Cette dernière décida d’utiliser ce produit dans le domaine des caves coopératives vinicoles. Je fus chargé de  tester un premier prototype  à Tulette dans la Drome pendant les vendanges.

C’est à cette occasion que je fis la connaissance de  Monsieur Jean Escharavil et de son épouse, un weekend pendant les vendanges. Il était venu prendre des nouvelles du prototype.

 Il s’en suivit une collaboration avec ses services qui nous fit modifier son INO et de  cette première expérience naquit un produit spécifique Voiron baptisé 1000 E0. Mais qui s’en souvient aujourd’hui !

Fin Juillet 1977, j’avais quitté Voiron et je travaillais chez Merlin Gerin à Grenoble depuis un an.

Le dernier vendredi du mois, en rentant à la maison et à deux jours de partir en congé, j’ai le message de rappeler Monsieur Escharavil. Je le rappelle, il me propose de le rencontrer à Privas pour  un poste à pourvoir dans sa société. Je décide d’aller le voir le samedi matin. Je tombe sous le charme de ce patron atypique et il m’embauche sur le champ comme responsable de la fabrication électronique. En octobre 1977, je rejoints la société Escharavil qui comportait 5 salariés dans son département électronique : Maurice  Dussard, ingénieur  responsable du service et des développements, Guy Escharavil Technicien, Richard Brun Technicien, Mlle Bard chef câbleuse , Mme Letourneur Câbleuse

Au début je serai logé dans son ancien appartement au Ruissol, puis plus tard  dans l’ancienne  villa de son frère située dans l’usine.

De cette rencontre allait naitre une relation forte et passionnelle qui dura 7ans.

Jean Escharavil était un homme extrêmement attachant, excessif, entier et qui connaissait toute les ficèles de la vie. Il pouvait être aussi généreux qu’intéressé, aussi agréable qu’odieux, aussi bon enfant que violent, avec lui, il n’y avait jamais de demi mesure.

On le surnommait affectueusement  entre nous « le Grand ». Au départ ce surnom lui avait été donné   parce qu’il était plus grand que son frère Émile. Au fil du temps ce surnom lui allait comme un gant  parce qu’il était  devenu un «  Grand Monsieur » respecté dans la profession.

Certain pourront y voir un paradoxe, mais Il était ami avec le chanteur Jean Ferrat, qui habitait Antraigues et avec qui il jouait aux cartes.

 Je suis venu à penser plus tard qu’il avait pu inspirer en partie la chanson « sacré Félicien » à Ferrat.  ….Quand tremble sa casquette, au regard qu’il me jette en abattant ses cartes, si je sens aussitôt  pousser  sous mon chapeau des cornes qui se cachent ,c’est qu’au jeu de poker, il dit qu’il vaut mieux faire le boucher que la vache, sacré Félicien tu mérites bien la cloche d’airain ! sacré Félicien …

Grace à lui, j’ai appris beaucoup de la dure réalité des affaires et j’ai longtemps conservé sa valence dans certains domaines. (Pour les néophytes en sciences humaines, la valence est une personnalité synthétique que l’on emprunte dans certaines situations. C’est à dire que l’on adopte le comportement d’une autre personne qui nous a semblé la plus forte à un certain moment)

Notre séparation  en 1984, par un concours de circonstance dont je ne donnerai pas ici tous les détails s’est très mal passée.

Mon départ pour rejoindre le groupe  de Bernard Tapie a été plutôt bruyant et orageux et je dois à la vérité de dire qu’il a pas mal interféré sur le fonctionnement de la profession pendant quelques années.

 Malgré cela et tout ce que d’aucun pourrait penser, je lui ai toujours conservé de la gratitude pour m’avoir donné la chance de me révéler dans ce métier et j’ai beaucoup regretté le coté tragique de la fin de notre relation.

Beaucoup plus tard, je l’ai rencontré un dimanche matin à Privas alors qu’il sortait d’acheter ses journaux. Nos regards ses sont croisés, sans témoin, et là j’ai su que la paix venait d’être  signée entre nous.

En  novembre  2002,  il nous a quitté  après une longue maladie et repose à Verras dans son village natal.

 Avec sa disparition, c’est la fin d’une époque, le monde du pesage et des balanciers ne sera plus jamais le même !

Photo site Precia mollen  www.precia.com

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